Le lion et sa révolution ne sont pas morts au Nicaragua. Une meute de lions vous accueille à l’entrée de la ville, côté sud, vers Managua. Vous aurez compris la traduction en espagnol du mot lion. Deux compères à eux surveillent le perron de l’église du village. L’énorme cathédrale de la Asunción se voit dès l’arrivée en ville, dans la descente puis la montée vers le marché. J’ai vécu à León pendant plus d’un an. Un bloc et demi de maisons en dessous du supermarché. Drôle d’adresse, vous en conviendrez. Vous imaginez bien que nous n’avons jamais reçu lettres, ni colis. C’est une ville étudiante et dynamique, coloniale et agitée. La capitale de la révolution. Pour tout vous admettre, on s’y sent très rapidement chez soi. Il fait chaud, c’est encore peu touristique, la population locale est plutôt jeune et accueillante. L’âge d’or du tourisme en 2017 avait donné un avant-gout du potentiel avec des initiatives et autres projets fort sympathiques dans cette ville qui est bel et bien, malgré son étouffante atmosphère, dynamique et explosive.

Ancien grand bastion de la révolution sandiniste des seventies locales, plutôt violentes et loin d’être peace and love, cette cité pourrait être un lieu de pèlerinage pour certains. Car c’est ici que le mouvement et le futur parti national (connu de tous), a mis en place un nouveau gouvernement après la fuite de Somoza. C’est le FSLN. Le rouge et noir. Ici la parole a été donné au peuple. D’ailleurs, référence aux couleurs de la junte, Stendhal ne disait-il pas que la parole a été donné à l’homme pour cacher sa pensée ?  Tout ça pour insister sur le côté historique d’une de mes villes favorites.  Niveau mystique et religieux, vous en aurez aussi pour votre compte, on compte d’ailleurs à León plus d’une dizaine d’églises. Je ne vous parle pas des nombreuses processions religieuses qui se déroulent dans cette sainte ville. Des cierges, des chants, des défilés et de l’alcool bon marché nous offrent souvent de bons spectacles et professions de foi.

     Il y a comme une chaude atmosphère ici, une odeur de poudre peut être, les fresques et autres façades colorées aux couleurs du Front Sandiniste de Libération Nationale ou trônent fièrement certains visages et profils des grands martyres du mouvement donnent une ambiance bien colorée à la ville. De nombreux fils électriques et autres branchements illégaux survolent les hauts et étroits trottoirs que vous emprunterez. Ces chaussées pour piétons sont d’ailleurs curieusement hautes, attention à la marche. Vous imaginez bien que de véritables torrents coulent ici pendant la saison des pluies.  Vous tomberez alors sur les nombreuses boutiques et échoppes, essentiellement de la nourriture, il faut faire bonne chair ici, c’est important. Se perdre dans ses cuadras, entre ses blocs de maisons, et sillonner les longues rues à sens unique quadrillant véritablement la cité est un réel plaisir et une chaude ballade. Ses lourds portails et porte d’entrées de maisons coloniales s’ouvrent souvent sur de véritables surprises, des espaces énormes, arborés et fleuris entourés de pièces, des patios et de secrets. Chaque maison a son histoire, sa famille, qu’elle soit modeste ou plus sophistiquée.

Un passage trop court sur León ne vous laissera que des regrets, elle mérite quelques jours et quelques rencontres surprises. Vous croiserez une dernière fois les yeux et les dents des lions de l’entrée principale de la ville en sortant. Un coup d’œil sur la droite, un terrain et deux équipes, je vous laisse deviner le nom de l’équipe de baseball (championne en titre) de cette belle et splendide capitale de la révolution.