Avec un peu de chance, l’approche en avion de l’aéroport de Managua vous permettra de jeter un coup d’œil par le hublot et d’apercevoir quelques grands pitons verts ou noirs plantés un peu partout. Il y en a des volcans par ici. Ce n’est pas pour rien que l’on considère ce pays comme le pays des lacs et des volcans. La ceinture de feu du pacifique et ses traces explosives sont bien visibles dans plus de la moitié de l’Amérique latine. « Pays des lacs et des volcans », c’est un titre incontesté du Nicaragua et pourtant ce n’est pas le pays le plus « fourni » en activités sismiques du continent. Le Salvador, le pays voisin, possède davantage de volcans, le Chili est de loin le pays le plus volcanique du « cono sur ». Alors pourquoi ce titre aussi honorifique ? Le Nicaragua ne peut même pas se targuer d’être le seul pays d’Amérique latine à avoir des volcans sur son emblème national, puisque des cônes volcaniques ornent également les armoiries du Honduras, du Salvador, du Costa Rica et de l’Équateur.

Mais le Nicaragua et ses habitants ont une relation très spéciale avec les volcans, bien différente des autres populations cohabitant avec ces géants de terre et de feu. Dans beaucoup d’autres pays, le volcan est considéré comme dangereux, insaisissable et effrayant. Au Nicaragua, il existe une réelle coexistence calme, étroite et amoureuse avec les monts et leurs cratères encore actifs. Dans beaucoup d’endroit, on ressent de la panique à l’évocation d’une activité surprise d’un volcan. Au Nicaragua, le Masaya et le Telica par exemple sont bien réveillés et cela n’empêche pas les paysans et les habitants du coin de se balader ou de faire paitre le bétail. Vu de loin, cela semble inconscient. En fait, ce n’est que de l’acceptation d’un potentiel danger et beaucoup de respect pour la puissance dégagée par la nature.

Il n’est pas simple de comprendre la relation amoureuse qu’entretiennent les Nicaraguayens avec les volcans, comme en témoigne la coutume locale de camper à côté du cratère du Telica. Rendez-vous compte aussi que des villages sont construits sur les pentes et les accès proche du volcan Masaya aussi. Il suffit de montrer son étonnement et sa surprise, ces gens ne se mettraient ils pas en danger par hasard ? Ils n’y accordent aucune importance, seule la providence fait lieu.

Figurez-vous que des empreintes de pas, il y a plus de 2000 ans, ont été marqué dans la cendre et la boue près de Managua, les empreintes d’Acahualinca. C’est considéré comme l’une des plus anciennes preuves de la présence humaine au Nicaragua.

Cela signifie que des êtres humains ont simplement fui après une catastrophe, ce qui sous-entend que des communautés humaines vivaient bien trop proche des volcans. Les habitants de cette terre ont toujours fait preuve de sang-froid face aux éruptions volcaniques, et cela depuis très longtemps. Sachez que la ville de León a été relocalisée suite à une réelle catastrophe volcanique. La ville avait été abandonnée au milieu du XVIe siècle par des colons convaincus que l’activité éruptive du Momotombo était une punition pour l’assassinat de l’évêque indigène Antonio de Valdivieso en 1550. León, la nouvelle, est aujourd’hui proche de volcans, encore. C’est à n’y rien comprendre.

Pour tenter de trouver une explication à ces comportements presque suicidaires, il faut se plonger dans l’histoire du Nicaragua. Pour les conquistadors espagnols, les volcans étaient la porte de l’enfer. Et c’est pourquoi ils ont placé des croix sur le bord des cratères.

Dans ce passé, la tranquillité dont témoignent les empreintes d’Acahualinca contrastait aussi radicalement avec l’horreur avec laquelle les Espagnols ont réagi à leur rencontre avec les volcans d’Amérique centrale.

Le premier volcan décrit par les espagnols est le Masaya et on l’appelle « la porte de l’enfer », une caldeira volcanique facilement accessible où l’on peut contempler le magma bouillonnant. C’est aujourd’hui une réelle attraction touristique accessible.

Pour les premiers habitants du Nicaragua, les volcans comme le San Cristobal étaient sacrés.

« Pour eux, les volcans étaient le lieu où vivaient leurs morts, ils étaient le lieu du souvenir. C’était aussi un lieu où, selon la tradition, des femmes sages sortaient pour leur dire quand ils devaient récolter, pour les avertir des dangers des invasions, un certain nombre de choses. Ils étaient comme la salle des oracles » Dans les croyances passées, les volcans reliaient le ciel, la terre et le monde souterrain.

Avec le temps, les mélanges et le métissage, il semblerait que ce rapport au sacré n’ait pas disparu, on peut dire que ce rapport amoureux avec les volcans est resté dans l’inconscient collectif du peuple. En plus, tous ces cônes volcaniques sont d’une grande accessibilité, ce sont presque de petits cônes en comparaison aux gigantesques volcans des Andes. Ils sont plus petits et sont aussi très proches du niveau de la mer, il est donc possible d’escalader le Masaya à pied par exemple, c’est quelque chose que l’on fait sans avoir besoin d’un effort supplémentaire. À part le San Cristóbal et le Concepción, qui sont les deux volcans les plus lourds, et peut-être le Maderas, vous pouvez atteindre tous les autres en voiture, à cheval ou à pied.

Ici on ne voit pas les volcans avec crainte. Les gens les considèrent comme faisant partie de leur vie, même en période d’éruption, car ils savent ce qu’il faut faire dans ces cas-là.

La fertilité des terres fertilisées par les cendres volcaniques peut nous aider à comprendre pourquoi, malgré les dangers, les Nicaraguayens ont tenu à vivre au pied, voire sur les pentes de leurs volcans. Et cette proximité a laissé une empreinte profonde sur l’histoire, les traditions et le caractère du pays.