Évoquer le café, le chocolat et le tabac ne me faisait pas penser au Nicaragua à l’époque. Je pouvais avoir plutôt le Guatemala ou Cuba en tête. Et pourtant l’histoire récente et plus ancienne prouve le contraire. Le contexte de la guerre froide et l’embargo de Cuba par les USA ont invité les paysans Nicaraguayens à « diversifier » une certaine agriculture traditionnelle et non mécanisée et à se spécialiser, bien malgré eux souvent, certes.  Il y a bien sûr la canne à sucre à la mode cubaine, mais qui aurait cru que pendant ces années de chasse aux sorcières rouges, le consommateur américain de cigares mordrait entre les lèvres un « puro nica », des feuilles de tabac d’Estelí et une fumée lourde et épaisse comme celle d’un volcan.

Estelí, Matagalpa et le nord-est du pays sont bien la grande fabrique de café, de tabac ou de cacao du pays. Plus bas, León et sa région sont plutôt « branchés » arachides. Et encore plus bas, près de Granada, on apprend qu’on y fait aussi du chocolat et que le fameux café Las flores pousse sur un revers du volcan Mombacho. Incroyable !

Le chocolat est un peu mon péché mignon vous aurait expliqué ma charmante mère. Cette dernière me fait le plaisir de toujours laisser quelques plaques de chocolat belge dans les valises des personnes me visitant ici, au Nicaragua. Je savoure toujours ces précieux cadeaux et ça ne dure pas longtemps. Et je ne m’étais jamais franchement penché sur le cacao que pouvait produire le pays dans lequel je vivais.  Le nord Nicaraguayen est bien garni en café, tabac et en cacao! C’est presque une invitation ou au moins la meilleure des excuses pour visiter les parages, c’est certainCependant un clin d’œil rapide dans les « supermercados » du coin m’a interrogé plusieurs fois. Chocolat du Nicaragua était inscrit sur les étiquettes,  Mombacho, Castillo, Momotombo ou autres noms de volcans, packaging illustré avec des esquisses d’oiseaux rares ou des pétroglyphes, sont des noms qui me sont aujourd’hui familier. Je ne me souviens pas avoir connu le cacao Nicaraguayen en Europe, il existe pourtant. Les familiers et amoureux de la fève connaissent bien les marques et les labels susceptibles de proposer un produit aussi exotique.

Ça y est ! On y est ! Le jefe a appelé, il nous propose de continuer à faire connaissance avec tous les amis de l’agence. il connait bien tous les prestataires, très bien même. Je l’avais compris lors de mon passage au sud.  « – Il faut absolument que vous alliez voir Donald !», nous dit-il. Je souris bêtement et pense à un grand blond ébouriffé et à sa berline noire. Donald vit dans une communauté sur un flanc du volcan Mombacho, rien à voir avec le gringo bien plus connu. Il avait pris l’habitude il y a quelques années d’accueillir des coopérants espagnols afin de développer une activité dans la communauté, une initiative économique, du tourisme solidaire, tournant autour du chocolat ! Ah bon ! Très bien ! C’est noté. Je suis plutôt « plage » normalement mais ma gourmandise a pris le dessus sur ce coup la, il fallait que je vois Donald!

Le Mombacho est un volcan en pleine siesta, il surplombe la ville de Granada. À la vue de la végétation luxuriante, il est aisé d’imaginer que des agriculteurs locaux exploitent cette terre qui semble bien fertile. Nous appelons Donald et sortons de la ville. Une visite rapide de la finca de café Las flores, un coup d’œil sur le volcan et sa vue incroyable sur le lac et nous voilà perdus dans un chemin de traverse qui approche le volcan.

Non loin de Granada, Donald nous cherche et nous accueille avec un franc sourire. Il est grand et maigre, d’âge mure et un sourire communicatif. Il s’empresse alors de nous expliquer rapidement l’historique de son projet. On se présente évidemment et on partage un jus avec sa famille. Nous déjeunons ensemble. C’est un moment privilégié, je le sens. Mais nous sentons aussi que notre hôte attend quelque chose de bien spécial de notre visite. Il a l’air passionné, il souhaite que la pause repas s’efface afin qu’il puisse enfin mettre ses quelques grains de cacao sur le feu. L’atelier chocolat commence. Cela sent bon ! Une heure plus tard, les taches sur les habits des enfants sont comme la preuve que la découverte de cette mini-fabrique de chocolat locale a été un réel succès. Je préfère ne pas en dire plus et vous garder la surprise. Nous quittons Donald et son sourire les poches pleines de chocolat à tartiner, une petite amitié  est née, j’ai bien tenté de lui expliquer ma gourmandise pour le chocolat marqué d’un éléphant, comme un souvenir d’enfant. Saluez-le de ma part si vous passez par la et profitez-en !